Le laboratoire LLSETI de l'Université Savoie Mont Blanc et l'Association des professeurs de philosophie de l'enseignement public vous proposent leur programme 2017-2018:

CONFÉRENCES PHILOSOPHIQUES

Nous reprenons notre cycle de conférences qui cette année encore vous invite à une réflexion partagée sur

LES PROBLÈMES DE L'IDENTITÉ

Les conférences continuent de se tenir à l'Université, rue Marcoz

soit le mercredi soit le jeudi de 18h à 20H, en salle 3 ( sauf pour celle du jeudi 7 juin, salle à confirmer)

Si la recherche ou l'affirmation de l'identité constitue un enjeu essentiel pour les individus comme pour les communautés, nous avons fait l'expérience historique que les fantasmes des peuples comme des individus peuvent empoisonner cette quête.Enfermement sur soi ou antagonismes inexpiables manquent dès lors les promesses de la reconnaissance attendue. Mais encore, qu'est-ce qu'être soi ? Sommes-nous sûr que les communautés auxquelles nous nous sentons appartenir sont autres choses que des fictions aliénantes? Pour discuter ces questions il faut sans doute que la réflexion philosophique puisse s'appuyer sur les recherches psychologiques, sociologiques et historiques qui viennent à l'appui des débats politiques où la prudence au sens aristotélicien du terme devrait prévaloir.

Conférence n° 1, mercredi 22 novembre: L’identité : de la logique à la politique, Pascal Bouvier, Maître de Conférences de philosophie. Laboratoire LLSETI UFR LLSH,>

La question de l’identité renvoie aussi bien à la réflexion logique qu’à l’interrogation psychologique. Rien n’est plus difficile que d’accéder à ce que l’on croit être soi.  L’histoire de la pensée depuis Aristote tente de cerner cet être qui serait substantiel, celui-ci comprend assez vite le caractère infini de cette quête. L’identité est présence à soi, mais elle est aussi une constitution de soi à travers le temps. On comprend dès lors que la relation à autrui et plus généralement la politique comme forme d’existence commune dépasse logique, psychologie pour nous plonger dans ce que Hegel nommait dans la Phénoménologie de l’Esprit un « soi qui est un nous ». Identité qui peut bien entendu produire les illusions et les phantasmes les plus pathologiques. Le but de l’exposé consistera à cerner cette notion qui paradoxalement est passée de la logique austère à la passion politique.

Conférence n°2, jeudi 7 décembre : Identité, reconnaissance et travail, Martine Verlhac, professeur honoraire de philosophie en Première Supérieure.

L'individu à la recherche de identité doit pouvoir le faire sans faire allégeance à des médiations aliénantes. Hegel avait montré que c'était seulement par la médiation du travail que l'homme existait pour soi : quand le maître ordonnait la satisfaction de son désir il devait passer par le travail du serviteur dont il dépendait, alors que le serviteur existait pour lui-même en s'objectivant dans son travail. Dans la lutte pour la reconnaissance la conscience du maître demeurait inessentielle, suspendue au travail de l'esclave qui, « juste retour des choses » devenait une conscience essentielle.

Or c'est une « belle histoire » qui, tout en assignant justement la nature du travail, ne peut justifier la domination et qui appelle non son renversement mais la perspective de sa disparition et de l'universalisation d'un travail libre par lequel les hommes à égalité constitueraient leurs identités. Faute de quoi le poison de la domination peut changer les promesses émancipatrices du travail en allégeance aux lois de la domination.

Conférence n° 3, jeudi 18 janvier, Être soi?Jean-Pierre Carlet, professeur honoraire de philosophie à l’IUFM de Grenoble

Toute créature vivante tend à être soi, ou, comme l’a lumineusement dit Spinoza, à persévérer dans son être. Pour l’homme cependant, l’affaire se complique dans la mesure où la tendance requiert alors un projet, comme si être soi n’allait pas de soi !

Projet philosophique majeur dès l’Antiquité, cette injonction se popularise, s’universalise avec le mouvement des Lumières et elle s’entend comme un effort indéfini d’émancipation. Or, il semble que l’époque immédiatement contemporaine amène une singulière inflexion en ce mot d’ordre, dans la vie professionnelle, morale et politique. Il s’agirait non plus de se libérer, mais d’imposer ce que l’on est spontanément à la reconnaissance des autres. L’identité recherchée ne serait plus qu’individualité de combat, avec toutes les douleurs et tous les leurres d’une telle perspective.

Nous essaierons d’analyser la complexité, les difficultés et les contradictions éventuelles d’un tel projet. Pour ce faire, le survol de l’œuvre énigmatique de Cindy Sherman peut nous servir de vade-mecum : une tentative pour n’être plus soi ou bien pour être soi autrement ?

Conférence n° 4, mercredi 7 février : Les ambiguïtés de l'identité culturelle, Laurent Bachler, professeur de philosophie au Lycée Vaugelas>

La notion d'identité ne s'applique pas seulement à des individus, séparés et distingués. Elle peut aussi s'appliquer à des groupes sociaux, à des nations, à des cultures. L'idée que les membres d'une même culture portent avec eux ou incarnent une certaine identité culturelle s'élabore au XIXe siècle. Elle se cristallise alors autour du concept de patrimoine. C'est en étudiant l'histoire de ce concept de patrimoine, en retraçant sa généalogie, que nous verrons apparaître les problèmes que soulève cette notion d'identité culturelle. Car l'enthousiasme actuel que semble provoquer le patrimoine ne va pas sans quelques ambiguïtés. Nous verrons ainsi comment cette idée de conserver les objets représentatifs de notre identité culturelle est apparue le 11 février 1787 et s'est achevée de manière grotesque et histrionique le 16 septembre 2017.

 

Conférence n°4, mercredi 14 mars : Enquête sur le concept de « moi commun » chez Rousseau, Bernard Gittler, professeur de philosophie au lycée Stendhal.

L’expression de « moi commun », employée pour désigner le peuple qui se constitue comme entité politique doté d’une volonté générale, revient à plusieurs reprises sous la plume de Rousseau, dans le Discours sur l’économie politique et dans le >Contrat social aussi bien que dans l’>Émile. Ce concept demeure fondamental pour penser l’identité politique d’un peuple.>

Notre enquête emprunte deux perspectives qui entrent en résonance. D’une part, nous allons questionner l’origine de ce terme, qu’on a fait remonter à la lecture des >Pensées de Pascal, et plus précisément aux fragments sur les « membres pensants ». Nous questionnerons quels déplacements sont effectués entre Pascal et Rousseau. D’autre part, nous analyserons l’intersubjectivité que ce concept implique, qui met en jeu l’amour propre. La façon dont celui-ci permet de composer le « moi commun » s’oppose au sens qu’il a pris dans les sociétés qui reposent sur un contrat de dupe, et nous montrerons comment ces perspectives permettent de lire Rousseau comme le précurseur de la philosophie sociale.>

Conférence n° 5, Jeudi 5 avril : Identité et Laïcité Agnès Veillet, professeur honoraire de philosophie, lycée du Granier

On sait que la laïcité est un terme fragile dont la compréhension n’est pas sans alimenter de nombreuses controverses, tant sur ses origines historiques que sur le sens que nous devons lui donner. Rappelons que la loi de 1905 qui affirme la séparation de l’Eglise et de l’Etat ne la nomme pas. Cette fragilité qui fait de la laïcité non pas une réponse claire mais un problème, un questionnement toujours ouvert, est aujourd’hui mise en évidence, renouvelée par la question de l’identité, tant au niveau individuel qu’au niveau collectif. Comment en effet être soi, en prendre pleinement conscience à travers la permanence et la continuité de notre être dans le temps, si nous devons vivre dans une société qui ne nous permet pas de dire, d’exprimer nos convictions les plus intimes, quel que soit le domaine concerné et en particulier celui lié à la croyance religieuse ? La laïcité devient ainsi l’ultime empêchement à la reconnaissance de soi comme de la communauté à laquelle on appartient. Certains de ses détracteurs n’hésitent pas à souligner sa violence. Désormais, faut-il voir en elle les signes d’une régression et la qualifier d’identitaire ? Au cours du temps la laïcité se serait dévoyée en se radicalisant, nourrissant un nationalisme dangereux. Pourtant ces critiques ne trahissent-elles pas elles-mêmes le sens de la laïcité ? Rappelons que cette dernière n’est ni une religion de plus, ni un athéisme ni une croyance, contrairement à ce que considèrent ses accusateurs. Dans son principe et à partir de la neutralité de l’Etat, la laïcité veut garantir l’égalité, la liberté de conscience et d’expression des individus. Elle reste ainsi la condition indépassable qui permet à chacun d’être soi et de se savoir soi, tant au niveau individuel que collectif. Après avoir tenté d’expliciter les critiques portées contre la laïcité nous tenterons de la ressaisir dans son essence souvent dévoyée lorsqu’elle est adjectivée. Nous aurons à nous demander si le fait de recevoir son identité d’une communauté déjà constituée, quelle qu’elle soit, ne revient pas à se tourner vers une identité reçue, subie et somme toute étrangère à une identité réfléchie et voulue, seule garante d’une existence plurielle.

Conférence n° 6, mercredi 16 mai, « S(artre)/Z(âr). Une approche du mal sartrien de l’identité », Eva ABOUAHI, professeur de philosophie au lycée Ambroise Croizat, Moûtier.

A plusieurs reprises apparaît chez Sartre l'image troublante du « zâr » qui trace des zébrures magiques et noires entre les mots. Cet esprit sombre, hantant douloureusement le « soi », « quel » est-il, « qui » est-il, dans les textes sartriens ? Pas seulement l'objet circonscrit d'une croyance éthiopienne, pas non plus l'ombre du Je de la pensée comme conscience de X, fondement de toute représentation et en même temps impossible objet de connaissance (= X transcendantal), mais une altérité vécue comme une possession et révélatrice de la non-coïncidence, aux manifestations parfois pathologiques, entre soi et soi-même. Nous interrogerons les occurrences et les fonctions de cet esprit sorcier, présent notamment dans "Saint Genet, comédien et martyr" (1952), pour montrer en quoi la pensée de Sartre, loin d'être un subjectivisme, donne à voir une subjectivité toujours problématique. Celle-ci est marquée par la « déhiscence », la « discordance », le « non-savoir », la « non-identité » qui font du pour-soi un absolu clivé, regardé de biais par l'Autre (avec le point de vue de la mort), mais surtout une tension irréductible entre l'être et l'avoir-à-être dont le reflet est donné par l'époque et les éclats opaques des époques passées.

 

Conférence n° 7, jeudi 7 juin, Tragédie, conte ou récit collectif : comment s’écrit la fiction de l’identité personnelle ? , Céline Bonicco, professeur à l'école d'architecture de Grenoble, philosophie .>>

Faut-il renoncer à la notion d’identité personnelle ? Si le moi est souvent haïssable et parfois bien encombrant, peut-on cependant se passer totalement de l’idée d’un pôle d’unification de notre personnalité ? Pour répondre à cette question et montrer que la récusation d’une identité personnelle substantielle n’impose pas le rejet absolu de l’idée de moi, à condition de bien le comprendre, nous partirons des ambiguïtés de l’analyse de David Hume. Philosophe sceptique, Hume pose une question radicale : et si notre moi n’était qu’une fiction||amp||#160;? Il s’efforce de montrer dans le livre I du Traité de la nature humaine que ce que nous considérons être notre identité, le noyau de notre subjectivité qui nous différencie de tous les autres et assure notre permanence dans le temps, n’est que de l’ordre de la croyance. Pourtant après cette charge corrosive, Hume réintroduit subrepticement la question de l’identité personnelle dans le livre II du Traité de la nature humaine, en adoucissant son propos : elle n’est plus considérée comme un simple produit de l’imagination mais comme ce qui s’élabore au sein des relations sociales. Quels gains éthiques et politiques trouve-t-on à substituer à l’idée d’un moi substantiel celle d’un soi se construisant et se modifiant au sein d’un processus de reconnaissance ?

Le laboratoire LLSETI de l'Université Savoie Mont Blanc et l'Association des professeurs de philosophie de l'enseignement public

vous proposent leur programme 2016-2017:

UNIVERSITE DE CHAMBERY LLSH - ASSOCIATION DES PROFESSEURS DE PHILOSOPHIE DE L'ENSEIGNEMENT PUBLIC

CONFÉRENCES PHILOSOPHIQUES

Nous reprenons notre cycle de conférences qui cette année encore vous invite à une réflexion sur les

Forces et faiblesses de la démocratie

Les conférences continuent de se tenir à l'Université, rue Marcoz le mercredi de 18h à 20H, soit dans l'amphithéâtre soit salle 3 ( Le lieu sera précisé dans l'entrée)

La démocratie l'a sans doute emporté aujourd'hui dans les esprits, malgré les tyrannies qui continueront de sévir encore longtemps de par le monde. Mais la division sociale du travail trouve un écho inquiétant dans la séparation de la sphère politique d'avec le peuple, sans compter l'obstacle majeur à la démocratie que constitue l'invocation et l'influence d'une sphère économique que l'on fait passer pour une seconde nature. Mais encore...il arrive au peuple d'errer et de consentir à de nouvelles servitudes. Si, donc, la démocratie est le meilleur des régimes au point d'être la mesure de la légitimité et du Droit, il s'agit bien d'en analyser les écueils pour continuer de la défendre et de la promouvoir.

Conférence n° 1, 12 octobre: L’atome et le lieu vide: critiques sartrienne et lefortienne de la démocratie.
Eva Abouahi, Professeur de philosophie au lycée de Bourg Saint Maurice.

Entre les Situations X de Sartre et les Essais sur le politique de Lefort, quel espace pour un dialogue sur la démocratie? 
On sait que la question du communisme les dissocia en matière de réflexion politique. On sait également quel rôle joua Merleau-Ponty dans leurs relations et à quel point la conversion de Sartre («un anti-communiste est un chien») ne l’autorisait pas à voir l’élève de «Merleau» autrement que comme le philosophe des «jeunes patrons». Il pourrait, semble-t-il, ne s’agir que d’un espace vide…autour duquel on ne pourrait proposer qu’un propos «creux»? 
Pourtant le tissage d’un dialogue indirect entre les deux penseurs sur les failles de la démocratie paraît ne pas être une entreprise vaine ni un travail de faussaire. Leurs pensées ne se défont ni ne se contrefont dans cet échange, mais entrent en résonance à travers leur effort de symbolisation (symboliser la solitude de l’électeur avec l’image de l’atome ou, mieux, avec celle de la série, et l’absence de matière symbolique avec celle du lieu vide), leur souci de mettre au jour des processus (l’atomisation et la désincorporation), leur trame philosophique commune (trois fils solides: Machiavel, Marx, Merleau-Ponty), et la pertinence de leur regard sur la situation démocratique en France.
Non pas, donc, des pensées qui s’annuleraient avec cette démarche, mais des pensées qui, en dialoguant, nous inviteraient à «penser, repenser le politique» (Lefort) et à interroger les mystifications de la démocratie.

Conférence n° 2, 9 novembre: La démocratie et le travail.
Martine Verlhac, professeur honoraire de philosophie en Première Supérieure.

Ayant fait du travail une marchandise, qui plus est en voie de raréfaction, l’idéologie à l’appui du capitalisme n’incline point à en faire ni une occasion, ni un lieu de la démocratie. La seule démocratisation concernant le travail consisterait en une redistribution des richesses par ailleurs toujours remise en cause, s’il est vrai que le travail, dans le rapport capital/travail n’a de sens pour le capitalisme que comme objet de profit.
Mais que le travail puisse être l’objet d’une discussion démocratique comme vecteur de la puissance de chacun, condition de sa souveraineté, et comme médiateur de la coopération et de la socialité, voilà ce que n’ont pas conçu ceux qui dominent le jeu. C’est d’ailleurs tellement vrai que les meilleurs esprits, séparant le social du politique, ont relégué le travail à la sphère des revendications de telle sorte qu’il n’appartiendrait pas à celle du débat au sens noble et politique d’un terme. Les avant-gardes socialistes (ou communistes) qui ont historiquement séparé la politique et le syndicalisme furent en même temps gagnées à la religion des forces productives ce qui leur fit accepter le taylorisme. Dès lors la propagation de nouveaux modes d’oppression, justifiés par une innovation technique jugée neutre impliquait de fait la séparation du travail et de la démocratie au sens plein du terme.
Le salutaire appel de l’OIT, en 1944, à Philadelphie voulait refonder conjointement travail, justice sociale et démocratie. Mais il semble n’avoir plus aucun effet s’il est vrai que l’ultra-libéralisme n’a besoin du travail que comme fantôme des activités financières livrées à leur logique autistique et que les gouvernements ont été gagnés à l’antienne de la compétitivité du travail qui en nie la qualité et le sens démocratique.
Il se peut que la résistance contre la Loi Travail en France qui veut, à l’instigation des injonctions ultra-libérales, entériner la marginalité du travail, soit le signe d’un sursaut qui exigerait que le travail conquière sa vraie place. Allons-nous entendre cette exigence comme celle de l’élaboration d’une des conditions essentielles de la démocratie?

Conférence n°3, 7 décembre: L’individualisme démocratique.
Pascal Bouvier, Maître de Conférences de philosophie. Laboratoire LLSETI UFR LLSH,

L’individu est une découverte contemporaine voire postmoderne. Si la pensée classique tentait de définir la subjectivité c’est bien le développement des démocraties qui a fait naître le sentiment de l’individualité. Là où les formes totalisantes (de la famille à l’État) régnaient, l’individu contemporain semble semer le trouble, l’incertitude. Il ferait triompher un moi absolu incapable de sentiments de solidarité, engendrant par là une ère du vide pour reprendre l’expression de Gilles Lipovetsky. Ce vide de valeur est-il une réalité ou un thème à la mode? L’individualisme est-il la même chose que le sentiment de l’individualité? Comment la démocratie doit-elle intégrer cette nouvelle exigence?

Conférence n° 4, 11 janvier, L’École et la démocratie.
Jean-Pierre Carlet, professeur honoraire de philosophie à l’IUFM de Grenoble

Le lien entre la démocratie et l’École (la majuscule indiquant l’ensemble de l’institution française de l’école maternelle à l’Université) semble pris aujourd’hui dans une paralysante équivoque : à la fois, c’est un lieu commun, conquis peu à peu et péniblement depuis la Révolution Française, que de se représenter la démocratie comme le pouvoir d’un Peuple éclairé; à la fois, sans doute depuis la tragédie mondiale de «la Grande Guerre» et plus encore depuis la brève mais terrifiante venue au pouvoir du totalitarisme nazi, le lien démocratie/École semble avoir inversé son orientation: de pilier maître de la démocratie, l’École s’est retrouvée suspecte d’être en retrait voire en retard par rapport à la vie sociale et politique.
Il paraît donc nécessaire de tenter de défaire la prégnance d’une question aujourd’hui presque exclusive dans les media: «L’École est-elle suffisamment démocratique, quelles réformes mobiliser pour l’ajuster indéfiniment à cette démocratie? – n’importe laquelle de l’ici et maintenant -». L’on remarquera en effet que ce type de questionnement, à mesure qu’il domine la sphère mentale des «questions de société», empêche de s’inquiéter de la nature de notre vie politique – cela est bien entendu très commode pour le confort moral de ceux qui progressivement se présentent et sont formés comme des professionnels de la représentation publique! Pareille interrogation empêche aussi de se demander ce que des élèves viennent faire à l’école alors que leur «employabilité» prochaine serait bien mieux assurée par une formation «sur le tas». Enfin, et c’est beaucoup plus grave du point de vue anthropologique, une telle préoccupation empêche de s’arrêter sur ce qu’a de spécifique ainsi que ce que requiert pour l’Humanité, et donc aussi bien pour une démocratie authentique, la nécessité d’une transmission intergénérationnelle, comme si la démocratie, parce qu’elle est un acte d’auto fondation, était sans passé et sans histoire.
L’enjeu de cette suspicion est peut-être de mieux comprendre ce que nous disons lorsque nous valorisons spontanément l’individu autonome en le faisant source d’une liberté pour tous.

Conférence n° 5, 15 février: Les impasses de la croyance démocatique.
Pierre Garino, professeur au lycée Vaugelas de Chambéry.

A propos des désillusions dont la démocratie a pu faire l’objet nous rappellerons la phrase de Churchill: « La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé». Cette expression est souvent évoquée pour balayer les critiques adressées à la conception classique de la démocratie représentative et en minimiser les imperfections pour mieux se rassurer et finalement s’en consoler à bon compte: si la démocratie telle que nous la connaissons dans sa forme libérale occidentale n’est pas parfaite, elle est cependant le moins mauvais des régimes politiques et nous pouvons nous estimer heureux de vivre dans ce système malgré toutes nos déceptions. Cette affirmation a force d’argument d’autorité tant la démocratie semble s’auto-légitimer» par une somme d’évidences indiscutables (On est en démocratie puisque c’est le peuple qui est souverain. On est en démocratie puisque le peuple a le droit de voter. On est en démocratie puisque c’est la loi de la majorité qui s’impose dans le respect du droit des minorités).
Ces fausses évidences seront discutées pour en montrer les ambiguïtés et en démontrer aussi les dangers politiques, et cela non pas pour refaire le «procès de la démocratie» maintes fois instruit depuis les premières critiques de Platon mais pour en dégager une conception plus solide de la démocratie dès lors qu’on s’est débarrassé des illusions mortelles du modèle actuel de la démocratie, aujourd’hui très profondément en crise . Invitant à une réflexion lucide et modeste sur quelques impasses de la «croyance démocratique» , on essaiera, à partir de leur éventuel dépassement, de retrouver les «raisons» d’une espérance crédible en une vie démocratique authentique.

 

Conférence n° 6, 8 mars: Laïcité: sphère publique, sphère civile et sphère privée.
Agnès Veillet, professeur honoraire de philosophie, lycée du Granier

La laïcité au cours de son histoire a connu en France trois moments importants: la révolution française, la IIIème République et notre époque. Chaque fois c’est en situation de crise qu’elle a été repensée et redéfinie. Lorsque nous parlons de laïcité nous sommes en fait face à plusieurs concepts imbriqués qui se sont développés au cours du temps. Aujourd’hui, devant le retour du religieux dans la société civile nous assistons à la montée de certaines crispations attentatoires à la paix sociale et à la démocratie. Ces tensions s’expliquent entre autres par la confusion qui s’est peu à peu installée entre l’ordre de la sphère publique qui représente le droit, celui de la sphère civile qui évoque l’espace partagé, et celui de la sphère privée. Éclairer le sens respectif de ces différents ordres devrait permettre de redonner à la laïcité toute sa place en l’inscrivant loin des tentations du communautarisme ou à l’inverse de celles d’un ultra laïcisme. C’est à cette question que notre démarche tente de répondre en prenant comme exemple la question de l’Islam, ceci au terme de notre analyse.

Conférence n° 7, 12 avril: La souveraineté du peuple et les droits de l’humanité: l’héritage de Rousseau.
Bernard Gittler, chargé de cours au département de philosophie, Université de Grenoble AlpesDémocratie et droits de l’homme

Dans son discours à la Convention du 2 thermidor de l’an III, Sieyès déclare que «les pouvoirs illimités sont un monstre en politique». Brider la souveraineté du peuple viserait à maintenir chacun dans ses droits, faute de quoi la volonté générale risquerait de remettre en cause les droits fondamentaux. Les garantir demanderait donc de sortir d’une conception démocratique de la souveraineté: ainsi raisonne Benjamin Constant, qui s’inscrit dans l’héritage de Sieyès. Au contraire, l’exercice du pouvoir devrait être laissé à ceux qui, mieux que le peuple, seraient en mesure d’assurer sa liberté.
Cette conception cherche à réfuter l’analyse rousseauiste, qui exige selon la nature du contrat social qu’aucun principe ne restreigne la souveraineté du peuple. Le renouveau des études de la philosophie politique de Rousseau, sous l’impulsion de Bruno Bernardi et du groupe Rousseau, remet en cause cette critique et montre que le Contrat social pense le développement des droits de l’humanité dans une société politique libre. Cela leur dessine une autre perspective, qui repose sur l’égalité, ce qui exclut que la garde en soit confiée à un pouvoir qui conditionne le souverain. Cet exposé permettra de la développer.

Conférence n° 8, 10 mai: Aristote et la démocratie.
Virginie Lecrique, professeur honoraire de philosophie, lycée de Saint Marcellin

Sommes-nous bien d’accord sur ce que nous entendons par démocratie? Le propos s’inscrira dans une réflexion destinée à poursuivre celle qui fut entamée l’an dernier avec Platon. Alors que l’auteur de La République examinait de façon virulente, les dégradations et les dérives d’une démocratie par rapport à ce que devait être une constitution juste et non corrompue; Aristote, son meilleur disciple, juge la critique platonicienne excessive et incomplète.
Au travers des Politiques, ouvrage stimulant par le dialogue qu’il entretient avec les différentes conceptions de son époque, pourrait-il nous donner des «outils» pour penser les soubresauts de notre modernité? Quelle démocratie peut-on défendre aujourd’hui si l’on veut surmonter les conflits autour des valeurs de la République? Quelle liberté, quelle égalité et où situer la fraternité et la laïcité?

Conférence n° 9, 7 juin: Démocratie et écologie.
Céline Bonicco, Professeur à l’École d’architecture de Grenoble, Philosophie.

L’écologie possède une incontestable dimension politique. En effet, la crise que nous connaissons actuellement apparaît profondément liée à notre organisation économique et sociale et en appelle à une transformation de cette dernière. Pourtant, force est de constater que nos démocraties ont bien du mal à opérer cette réforme comme si le système représentatif et le poids des différents lobbies les gênaient pour prendre les décisions qui s’imposent. Nous nous proposons dans cette intervention de voir dans la crise écologique un révélateur des risques et des faiblesses du système démocratique, sans céder pour autant à la tentation facile de le rejeter tout entier, sous peine de tomber dans ce que le sociologue Marcel Gauchet appelle un écofascisme. Interroger la démocratie au prisme de l’écologie peut au contraire nous inciter à repenser les modalités de ce régime politique dont la légitimité interdit la répudiation pure et simple, en revisitant les concepts clés de la philosophie politique. Peut-on repenser le contrat social en incluant des non-humains en son sein? Quelle est la place des experts et des scientifiques dans un système représentatif? Comment la préoccupation pour l’environnement invite-t-elle à renouveler l’expression de notre citoyenneté?

 

Forces et faiblesses de la démocratie

Le laboratoire LLSETI de l'Université Savoie Mont Blanc

et

l'Association des professeurs de philosophie de l'enseignement public

vous proposent leur programme 2015-2016:

Nous reprenons notre cycle de conférences qui cette année vous invite à une réflexion partagée sur les

FORCES ET FAIBLESSES DE LA DÉMOCRATIE

 

Les conférences continuent de se tenir à l'Université, rue Marcoz le mercredi de 18h à 20h, soit dans l'amphithéâtre soit salle 3 (Le lieu sera précisé dans l'entrée)

La démocratie l'a sans doute emporté aujourd'hui dans les esprits, malgré les tyrannies qui continueront de sévir encore longtemps de par le monde. Mais la division sociale du travail trouve un écho inquiétant dans la séparation de la sphère politique d'avec le peuple, sans compter l'obstacle majeur à la démocratie que constitue l'invocation et l'influence d'une sphère économique que l'on fait passer pour une seconde nature. Mais encore…il arrive au peuple d'errer et de consentir à de nouvelles servitudes. Si, donc, la démocratie est le meilleur des régimes au point d'être la mesure de la légitimité et du Droit, il s'agit bien d'en analyser les écueils pour continuer de la défendre et de la promouvoir.

Conférence n°1 le 16 décembre:

République ou démocratie, un faux débat?
Pascal Bouvier, maître de Conférences. Philosophie. Laboratoire LLSETI UFR LLSH
La référence à la République est devenue en quelques décennies une obligation morale et un impératif théorique. Cet appel permanent à une forme politique reste pourtant aussi bien idéologique qu’incantatoire. Etre républicain serait même pour certains une sorte d’exception française face à un monde anglo-saxon démocrate et libéral. Au-delà des postures convenues il s’agira dans cet exposé de préciser ces deux concepts et de tenter de définir comment ils peuvent s’articuler.


Conférence n° 2 le 3 février:

L'étrange critique rousseauiste de la démocratie
Laurent Bachler, Professeur agrégé au Lycée Vaugelas. Philosophie.
Jean-Jacques Rousseau fut sans conteste l'un des grands penseurs de la démocratie moderne. Il fut même le premier théoricien à voir dans la démocratie la seule forme de gouvernement légitime. C'est à ce titre qu'il est incontestablement un penseur des Lumières. Pourtant, il fut aussi le premier à voir les limites de la démocratie, ses difficultés et ses écueils possibles, notamment dans la question de la représentation. Se donner des représentants, n'est-ce pas, pour le peuple, perdre sa liberté? La démocratie est le plus beau de tous les régimes, c'est aussi le plus périlleux. Premier penseur de la démocratie, premier à en voir les limites, Rousseau fut peut-être aussi le premier à imaginer des pistes pour éviter ses périls.


Conférence n°3 le 2 mars:

Les passions de la multitude et la vigilance démocratique
Martine Verlhac, Maître de Conférences honoraire, première supérieure. Philosophie.
La multitude qui dans une démocratie transfère sa souveraineté ne transfère pas sa puissance à laquelle nul ne peut jamais renoncer. La condition requise pour la conservation du régime démocratique n'est pas qu'elle vive exclusivement sous la conduite de la raison mais plutôt que ses passions aiguisent une vigilance qui ne lui fasse pas souhaiter la destruction du corps politique.
Or la confiscation de la souveraineté, la récusation de la puissance de la multitude, l'indignation ou la servitude consentie qui peuvent en découler œuvrent à la destruction du corps politique. La véritable difficulté que rencontre la démocratie serait que la multitude, dont le souverain fait partie, puisse exercer sa vigilance à l'égard des institutions démocratiques. Cette vigilance à laquelle la démocratie doit éduquer ne devrait rien devoir ni à la condescendance des experts, ni à la tyrannie voilée des populistes ni aux passions tristes qui peuvent toujours s 'emparer de la multitude. C'est dire sa difficulté.

Conférence n° 4 le 6 avril:

Platon et la démocratie, une histoire de contresens?

Virginie Lecrique, Professeure certifiée honoraire, Philosophie.
La Grèce antique expérimenta la géniale nouveauté de la démocratie en une période prospère, ouverte et cultivée. Avec elle, apparaît la philosophie. Pourtant dès le début, tout ne va pas si bien dans ce meilleur des mondes. Comme pour un conflit de logiciels, Socrate s’interroge, Platon son disciple, de façon plus virulente encore souligne la contradiction qui travaille la liberté démocratique et l’exigence d’universalité philosophique. Platon est-il pour ou contre ce régime politique?
Le propos consistera à démontrer qu’au travers de ses critiques acerbes, l’auteur « aux larges épaules» puisqu’il est ainsi surnommé pour sa carrure, le philosophe ne vise nullement l’esprit politique de liberté, de justice et d’égalité, mais leurs violentes dérives. Il n’est pas sûr qu’il soit contre l’intérêt du peuple et qu’à ses yeux la démocratie ne soit qu’un repoussoir. Quel est donc pour nous aujourd’hui l’enjeu d’une relecture de cet auteur? Que peut-il nous apporter dans la compréhension des crises actuelles, y compris celle de la crise grecque au sein de l’Europe et quel cadre pour l’action

Conférence n° 5 le 27 avril:

De la participation en démocratie.
Céline Bonicco, Maître assistant à l'École d'architecture de Grenoble, Philosophie.
La démocratie comme régime politique suscite deux types de critique: d’un côté, on peut lui reprocher, à l’instar de Platon, d’accorder le pouvoir à un peuple qui n’a pas la légitimité pour l’exercer dans la mesure où il n’en a pas les compétences, de l’autre, on peut considérer qu’elle n’est jamais totalement réalisée dans la mesure où le peuple n’exerce pas le pouvoir de manière effective, puisqu'il lui est toujours confisqué par ses représentants. La démocratie apparaît donc au pire comme un gouvernement illégitime, au mieux comme un gouvernement utopique. Si la première critique peut être récusée en faisant varier le critère de la légitimité politique et en posant comme Rousseau que la souveraineté est inaliénable, elle n’en pose pas moins la question des capacités intellectuelles mais aussi morales des citoyens ordinaires à se gouverner. Mais nous voilà dès lors au pied du mur: l’idée même de démocratie représentative qui permet de pallier le manque non seulement de connaissance des affaires publiques mais aussi de sens civique semble en porte-à-faux avec l’idée de souveraineté inaliénable qui fonde la légitimité de la démocratie et qui tisse un lien consubstantiel entre cette dernière et l’exigence de participation. À quelles conditions peut-on concilier le critère de légitimité de la démocratie avec la reconnaissance des faiblesses intellectuelles mais aussi morales pour l’exercer? Comment la participation peut-elle et doit-elle rester un horizon de la démocratie?

Conférence n° 6, 24 juin:

L’atome et le lieu vide: critiques sartrienne et lefortienne de la démocratie

Eva Abouahi, Professeure agrégée au lycée Ambroise Croizat de Moûtiers, Philosophie
Entre les Situations X de Sartre et les Essais sur le politique de Lefort, quel espace pour un dialogue sur la démocratie?
On sait que la question du communisme les dissocia en matière de réflexion politique. On sait également quel rôle joua Merleau-Ponty dans leurs relations et à quel point la conversion de Sartre (« un anti-communiste est un chien») ne l’autorisait pas à voir l’élève de « Merleau» autrement que comme le philosophe des « jeunes patrons». Il pourrait, semble-t-il, ne s’agir que d’un espace vide…autour duquel on ne pourrait proposer qu’un propos « creux»?
Pourtant le tissage d’un dialogue indirect entre les deux penseurs sur les failles de la démocratie paraît ne pas être une entreprise vaine ni un travail de faussaire. Leurs pensées ne se défont ni ne se contrefont dans cet échange, mais entrent en résonance à travers leur effort de symbolisation (symboliser la solitude de l’électeur avec l’image de l’atome ou, mieux, avec celle de la série, et l’absence de matière symbolique avec celle du lieu vide), leur souci de mettre au jour des processus (l’atomisation et la désincorporation), leur trame philosophique commune (trois fils solides: Machiavel, Marx, Merleau-Ponty), et la pertinence de leur regard sur la situation démocratique en France.
Non pas, donc, des pensées qui s’annuleraient avec cette démarche, mais des pensées qui, en dialoguant, nous inviteraient à « penser, repenser le politique» (Lefort) et à interroger les mystifications de la démocratie.
 

 

Pour une critique de l'économie


Le laboratoire LLSETI de l'Université de Savoie

et

l'Association des professeurs de philosophie

de l'enseignement public

poursuivront leurs conférences en 2014-2015

sur le thème :


Pour une critique
de l'économie
 

La sphère économique est aujourd'hui une puissance détachée de la société. Elle s'est constituée selon des intérêts propres, distincts des intérêts humains les plus généraux. Elle suscite des mondes sociaux (la finance...) au développement irrationnels: nés de pratiques et de fins ordinaires, ils s'autonomisent et ne visent qu'à leur reproduction sans contrôle.
Dans la mesure où les puissances détachées ainsi créées (argent, technique, capitalisme...) tendent à détruire des pratiques et des fins constitutives du monde humain, doit-on se proposer de les contenir? La sphère politique qui a largement entériné la prétendue nécessité irréfragable d'une économie autonome, a abandonné sa puissance, rendant la démocratie dérisoire.
N'est-il pas d'actualité de réinventer une critique de l'économie pour que vive la démocratie?

Les conférences se tiendront la plupart du temps le mercredi de 18h à 20h 
à l'Université Savoie Mont Blanc, 27 rue Marcoz à Chambéry

 

Conférence n°1 le 3 décembre 2014 salle 3 ou Amphi Decottignies

Martine Verlhac, professeur de philosophie honoraire
Discutant : Pascal Bouvier, professeur de philosophie
Pour une critique de l'économie
L'autonomisation de l'échange, de l'industrie et du travail devenu l'aliment d'un processus irrationnel et autodestructeur étaient l'objet de la première critique, par Marx, de l'économie politique qui faisait passer l'économie pour un phénomène dont l'expansion était naturelle et irréversible.
Avec le néocapitalisme qui nous livre aux mécanismes stupides et subtils de la finance, l'écologie du capital est devenue plus compliquée. Est-ce une raison pour laisser croire à la fatalité de son expansion et laisser la sphère politique la servir et anéantir toute résistance à l'aliénation renouvelée des potentialité humaines ?

Conférence n°2 le 7 janvier 2015

Benjamin Coriat, professeur en sciences économiques, co-président du collectif des « Economistes atterrés »
Finance et travail
La finance ce n'est pas seulement des marchés spéculant sur des produits dangereux et abscons dont les "subprimes" sont une illustration. La finance aujourd'hui, par de multiples canaux a pénétré l'entreprise et ses conseils d'administration. Plus profondément encore elle imprime ses marques, ses codes et ses exigences propres sur le travail lui-même. C'est sur sur cette relation cachée entre finance et travail que sera centrée la conférence.

Conférence n°3 le 25 février 2015

Laurent Bachler, professeur de philosophie
La notion d'intérêt et ses ambiguïtés
Dans le champ de l'économie, la notion d'intérêt est centrale. Prise dans un sens large, cette notion est un puissant principe d'explication de l'action humaine. Quoi que nous fassions, quoi que nous pensions, quoi que nous désirions, nous trouverons toujours à l'origine de nos actes et de nos pensées, un intérêt plus ou moins avoué, plus ou moins avouable, plus ou moins conscient. L'intérêt explique tout.
Mais, si tout ce que nous faisons, nous le faisons par intérêt, en calculant les avantages et les inconvénients, les coûts et les bénéfices, cette même notion dissimule alors un égoïsme rationnel et généralisé. Nous agissons toujours en vue de notre intérêt ou de ce que nous croyons être notre intérêt. L'intérêt bien compris de chacun nous dispense d'avoir à penser un bien commun.

Conférence n°4 le vendredi 20 mars 2015

Fabien Ollier, professeur d'éducation physique, responsable de rédaction de la revue X-Alta auteur d'ouvrages sur le sport et sur le multiculturalisme.
Le sport: marchandise globale et opium  du peuple
En tant que spectacle désormais mondialisé et imposé aux peuples par de puissantes fédérations sportives bureaucratisées et affairistes, le sport diffuse à haute dose l'idéologie capitaliste, c'est-à-dire le magma de sens commun du «monde capitaliste» qui en voile et en justifie la réalité dans l'imaginaire. Il régénère ainsi les bases matérielles du mode de production et de consommation capitalistes; il redouble le spectacle des marchandises mortes en présentant le spectacle des marchandises vivantes. La capitalisation du sport - le capital s'empare du sport - et la sportivisation du capital - la logique sportive est intégrée aux stratégies de développement du capital - sont les deux faces d'un processus expansif qui a envahi le marché et, par son intermédiaire, la société tout entière. Avec le sport, nous assistons en somme «au triomphe non mitigé de l'imaginaire capitaliste sous ses formes les plus grossières» (Cornélius Castoriadis)

Conférence n°5 le 29 avril 2015

Céline Bonicco, professeur de philosophie
Le modèle de l'homo oeconomicus: du libéralisme au néo-libéralisme
Cette intervention se propose d'examiner le paradigme de l'homo oeconomicus, tel qu'il émerge dans la philosophie britannique du XVIIIe siècle, ainsi que son évolution dans la pensée néolibérale actuelle. En effet, alors que l'homo oeconomicus du XVIIIe tend à apparaître comme celui qui obéit à son intérêt égoïste et que le pouvoir politique ne doit en aucune manière contraindre mais au contraire laisser faire, le néo-libéralisme l'envisage comme un être éminemment maniable et contrôlable. Ainsi l'homo oeconomicus des théories économiques actuelles apparaît-il comme un type de sujet sur lequel peut s'exercer un certain art de gouverner. Toute la question est alors de savoir si le laisser-faire du XVIIIe siècle n'était pas déjà une forme de gouvernementalité que le néo-libéralisme nommerait de manière explicite ou s'il y a eu une transformation de la pensée libérale. 

Conférence n°6 le 20 mai 2015

Bernard Carrère, Diplomé HEC, ancien expert au BIT
L'économie-monde: a-t-elle un centre? est-elle le centre?
L'économie mondiale pousse à une recomposition du champ géopolitique; mais elle n'est plus seule à la commande. Le retour du fait religieux, les identités revendicatrices, et les finitudes écologiques interrogent les règles possibles pour une coexistence planétaire. Nous sommes bien sortis du XXe siècle...