Projet structurant 2026-2027
Financement : Université Grenoble Alpes et l’Institut des Amériques.
Comité organisateur : Pierre-Alexandre Beylier (UGA), Cléa Fortuné (USMB), Julio Zárate (USMB).
Contexte
Alors que les migrations s’intensifient au niveau international, ce projet s’intéresse plus particulièrement aux mouvements migratoires entre l’Amérique centrale et l’Amérique du Nord, dans un contexte d’endurcissement des politiques migratoires du second mandat de Donald Trump. Dès sa prise de fonction en tant que 47e président des Etats-Unis, Trump a signé une série de mesures exécutives et de décrets présidentiels dont certains ont d’importantes répercussions sur les immigrés en situation irrégulière et visent à augmenter la sécurité à la frontière avec le Mexique, mais également aux frontières centre-américaines. Les discours anti-migrants ont fait de la déportation massive et du renforcement de la sécurité des frontières non seulement un argument de campagne auprès de son électorat, mais aussi un moyen de pression politique et économique auprès des pays voisins.
Les politiques états-uniennes ont par conséquent des répercussions sur la gestion migratoire des pays de l’hémisphère nord qui doivent mettre en place des actions spécifiques pour freiner les personnes en mouvement, telles que l’accueil de migrants déportés, la surveillance et la militarisation des frontières ou la lutte contre le narcotrafic afin d’éviter de lourdes sanctions économiques. Le Canada a, par exemple, adopté un programme de renforcement de sa frontière de 1,3 milliards de dollars canadiens (830 millions d’euros) en réponse aux critiques de Trump l’accusant de laisser entrer migrants clandestins et fentanyl . De son côté, le Mexique est mis à l’épreuve dans sa capacité à gérer l’accueil massif de migrants. Certaines initiatives risquent de s’avérer insuffisantes, surchargeant les structures d’accueil et compromettant le respect des droits humains. Il en va de même pour les pays centraméricains. À titre d’exemple, le Honduras et le Salvador coopèrent avec la politique d’expulsion des migrants de Trump, tandis que le Guatemala a déployé des soldats pour contrôler le passage de migrants à sa frontière sud . De leur côté, le Panama et le Costa Rica sont devenus à leur tour des pays « ponts » qui accueillent des migrants et des réfugiés déportés des Etats-Unis afin d’ensuite les rapatrier ou les envoyer vers d’autres pays.
Dans ce contexte, davantage de barrières sécuritaires et administratives se sont dressées, modifiant les routes migratoires ainsi que les stratégies et projets des migrants ayant pour but d’atteindre les Etats-Unis. Dès son investiture, Donald Trump a par exemple suspendu l’application CBP-One, qui permettait aux demandeurs d’asile de formuler leur demande en ligne, et suspendu le US Refugee Admission Program, fermant la porte à tous les demandeurs d’asile et annulant purement et simplement 30 000 rendez-vous déjà prévus . Il a également signé un décret présidentiel pour reprendre la construction du mur frontalier qu’il avait promis (alors même que celui-ci existe depuis les années 1990) dès son premier mandat. Enfin, il a multiplié les raids de l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) pour débusquer - et déporter - des migrants présents de façon irrégulière aux Etats-Unis, ciblant notamment des villes sanctuaires qui historiquement protégeaient ces derniers en refusant de coopérer avec le gouvernement fédéral . Dans ce contexte, les différents acteurs de la société civile réagissent et s’organisent pour faire face à une situation incertaine caractérisée par la réduction de l’aide humanitaire, le désintérêt des pouvoirs publiques dans l’accueil des migrants, ainsi qu’une augmentation de la violence, notamment dans les pays du Triangle Nord centraméricain et le Mexique.
Afin de réfléchir à ces questions, une série de séminaires bimensuels sera mise en place. Si le présentiel sera privilégié, la possibilité d’intervenir en ligne sera envisagée afin de permettre au plus grand nombre d’y participer. Ces séminaires seront l’occasion d’établir un dialogue entre les acteurs de la société civile (acteurs du secteur humanitaire, journalistes, membres d’organisations internationales) et des chercheurs de différentes disciplines (civilisation, histoire, sociologie, littérature, géographie, droit) qui s’intéressent aux questions migratoires et travaillent sur les aires géographiques concernées.
Les thématiques des séminaires seront structurées autour de trois axes principaux.
I. Lois anti-immigration et stratégies de déplacement
II. Espaces d’accueil et gestion de l’aide humanitaire
III. Représentations des migrations et des politiques sécuritaires
À travers ces axes, les séminaires permettront d’élargir le cadre géographique qui tient compte essentiellement des rapports frontaliers entre le Mexique et les Etats-Unis lorsqu’il est question de migrations, afin d’insister sur le fait qu’il s’agit d’un enjeu hémisphérique impliquant les rapports entre le Canada et les Etats-Unis, mais aussi le rôle des pays d’Amérique centrale et des Caraïbes.
Par ailleurs, l’un des objectifs du projet est de développer et de renforcer les échanges et la collaboration entre chercheurs et spécialistes de l’Amérique latine et de l’Amérique du Nord, présents à la fois dans les Amériques et en France/Europe, afin de favoriser le travail en réseau. Il en va de même pour la collaboration entre l’Université Savoie Mont-Blanc et l’Université Grenoble-Alpes et, plus largement, au sein du Pôle Sud-Est de l’IdA, tout en articulant une réflexion commune et transdisciplinaire autour de l’évolution des enjeux migratoires et des défis que ces changements posent à la société. Les intervenants pressentis venant des régions mentionnées, les langues de communication à privilégier lors des échanges seraient l’anglais et l’espagnol.
Ce cadre nous permettra également d’envisager la mise en place de collaborations approfondies qui se déclineront en deux « temps forts » pour ce projet qui nous permettront d’approfondir les axes proposés ci-dessus. Une journée d’études sera d’abord organisée en novembre 2026, à l’Université Grenoble-Alpes, afin d’établir un bilan de la première moitié du second mandat de Donald Trump. Un colloque international sera ensuite organisé à l’Université Savoie Mont Blanc, en novembre 2027, afin de clore ce projet par une manifestation d’envergure qui rassemblera des intervenants de certains séminaires ainsi que des nouveaux collaborateurs. Ce colloque sera organisé lors du festival annuel de la Cimade, Migrant’Scène, auquel l’USMB participe en proposant des conférences. Ce sera l’occasion de rassembler chercheurs, acteurs de la société civile et le grand public afin de donner davantage de visibilité aux travaux menés au sein de ce projet.
Séminaire Migrations dans les Amériques sous Trump 2 : Première session
Lundi 9 février 2026, 13h15 - 14h45, salle 19001 et en ligne
Intervenants :
- Elisabeth Vallet, Université du Québec, Montréal (Canada)
“Beyond the Wall: Trump and the Rebordering of the World”
- Eduardo Torre Cantalapiedra, Colegio de la Frontera Norte (México)
“El escenario migratorio mexicano en la era de Trump 2.0”
